Message de la conservatrice

Les Archives numériques de la Révolution française sont nées du besoin - exprimé par les chercheurs travaillant sur cette période de l’histoire - de disposer d’un accès plus large et plus souple aux sources existantes. La Révolution française a produit un grand nombre de documents émanant de participants, de spectateurs et de critiques. Ces documents incluent des textes de natures diverses - documents juridiques, pamphlets, textes littéraires, compositions musicales - ainsi qu’une riche imagerie. Disséminées dans diverses bibliothèques et archives, dissimulées dans des fonds documentaires et de brefs pamphlets individuels, ces sources aux multiples facettes sont aujourd’hui, grâce aux Archives numériques de la Révolution française (ANRF), accessibles aux chercheurs sous forme numérique. Les ANRF réunissent deux sources fondamentales pour la recherche : les Archives parlementaires (ci-dessous, AP) et les Images de la Révolution française, large ensemble iconographique issu des collections de la Bibliothèque nationale de France. Ces deux corpus constituaient les Archives de la Révolution française, vaste ensemble documentaire rassemblé par la BnF et Pergamon Press à l’occasion du bicentenaire de la Révolution en 1989. Les AP y étaient accessibles en microfilm et les Images sur vidéodisque.

Les Archives parlementaires sont une collection, organisée chronologiquement, de sources d’archives mais également de sources publiées sur la Révolution française. Elles sont nées au milieu du XIXe siècle pour constituer un recueil précis des délibérations parlementaires, à des fins à la fois intellectuelles et politiques, ainsi qu’il est décrit dans la préface à la deuxième édition :

« Quelle plus utile et plus brillante école pour les amis de la liberté, dont le nombre s’accroît chaque jour en Europe, quel moyen d’instruction plus agréable pour eux, qu’un ouvrage dans lequel ils pourront recueillir tout ce que nos gens de lettres, nos publicistes, nos législateurs, nos philosophes ont dit et publié pour réparer, développer et consommer une révolution dont l’heureuse influence parait déjà se faire sentir chez tous les peuples !  »

Si les AP ont vu le jour dans un esprit de conservation encouragé par les archivistes du gouvernement, elles sont ensuite devenues un projet académique sous la direction d’historiens de renom. Cette imposante collection de sources historiques a été entamée en 1862 à la demande des parlementaires français et atteignait, en 1914, 82 volumes, constitués chacun d’environ 800 pages à double colonne et couvrant les années 1789 à 1794. Après une longue période de latence, le projet a été repris en 1962 par l’Institut d’histoire de la Révolution française de l’Université Paris I et se poursuit toujours aujourd’hui. La numérisation mise en ligne par les ANRF concerne uniquement les 82 premiers volumes de la première série des Archives parlementaires et couvre ainsi globalement les cinq premières années de la Révolution française, des cahiers des États généraux de 1789 au 15 nivôse an II (4 janvier 1794). Ils relatent les évènements allant de la convocation des États généraux à la première moitié de la Terreur.

Les Archives parlementaires fournissent un aperçu unique des rouages de la Révolution à travers les idées et les actes de ses participants. L’ouvrage est le recueil, au jour le jour, des débats et discussions qui ont eu lieu au sein des trois organes parlementaires exerçant le pouvoir législatif en France entre 1789 et 1794. Les sept premiers volumes des AP présentent les cahiers de doléances envoyés aux États généraux en 1789. Les volumes suivants comptent principalement les minutes officielles des débats parlementaires, mais également des comptes rendus journalistiques des procédures, des discours préparés mais jamais prononcés, ainsi que des lettres, des rapports et d’autres documents reçus ou étudiés par les assemblées. La fragmentation du pouvoir, la multitude d’autorités et l’existence de comptes rendus issus de points de vue aussi variés que contradictoires compliquent encore le recueil. Étant donné la rapidité du déroulement des évènements à cette époque, l’organisation détaillée dans les AP en étapes chronologiques des sources révolutionnaires a une valeur inestimable pour les chercheurs. Au cours des dernières décennies, les AP se sont ainsi vues reconnaître comme l’équivalent d’une documentation primaire et il s’agit aujourd’hui pour la grande majorité des spécialistes de la période du premier outil de recherche dans les archives des délibérations de la Révolution jusqu’en 1794.

A côté d’une vaste production textuelle, la Révolution française a également donné naissance à un corpus d’images d’une grande richesse et d’une importance majeure, à une époque où le langage était sans cesse soumis à de nouveaux exercices, où le discours importait réellement aux yeux des révolutionnaires, et où les évènements prenaient un tour sans précédent. Le matériel visuel et l’iconographie ont largement été utilisés par les révolutionnaires pour afficher leur identité et celle de la Révolution pendant toute la période, ainsi que pour diffuser leur vision auprès du peuple français et du reste du monde. Ces archives iconographiques jouent un rôle essentiel pour les chercheurs d’aujourd’hui, en les aidant à appréhender l’univers physique et intellectuel de la Révolution. Ainsi, les représentations d’orateurs, d’acteurs, de débats et d’évènements ont énormément contribué à expliquer la signification des textes de l’époque qui nous sont parvenus.

Les Images de la Révolution française, désormais en ligne dans le cadre des ANRF, sont une base d’images de référence constituée par la Bibliothèque nationale de France à l’occasion du bicentenaire de la Révolution en 1989. Celle-ci avait pour but de « permettre au lecteur d’explorer les relations, les articulations, les confrontations entre les idées de la Révolution et leur représentation métaphorique, le brassage permanent d’idéologies et de faux-semblants… » . Dans le cadre de ce projet, la BnF avait créé plus de 38 000 vues distinctes reproduisant plus de 14 000 images, proposant des agrandissements et classant les documents selon un chapitrage fin. Les Images, initialement proposées en format analogique sur vidéodisque, étaient devenues difficilement accessibles depuis plus de dix ans, victimes de la rapidité de l’évolution technologique. Dans le cadre de ses programmes de numérisation, la Bibliothèque nationale de France a numérisé en haute définition, à partir des originaux, près de la moitié des images du vidéodisque. Pour le reste du corpus, de nouveaux fichiers JPEG ont été créés directement à partir du vidéodisque original. Quelques 14 000 documents - principalement des gravures du Département des Estampes et de la Photographie, mais également des illustrations, des médailles, des monnaies, ainsi que d’autres objets - ont été sélectionnés au sein de tous les départements de la BnF. Beaucoup proviennent d’importantes collections, acquises aux XIXe et début du XXe siècles, et dont deux sont particulièrement à distinguer. La collection Hennin, est remarquable non seulement par sa taille, mais également parce qu’elle compte de nombreuses gravures échappées au Dépôt légal que Michel Hennin a amassées alors qu’il travaillait en Italie pour le vice-roi, le Prince Eugène de Beauharnais. La collection d’estampes du diplomate belge, Carl de Vinck, est née de la fascination de son père pour Marie-Antoinette. Elle s’est ensuite élargie pour inclure plus généralement des représentations iconographiques de la France pour la période allant du mariage de Marie-Antoinette et de Louis XVI en 1770 à la Commune de Paris en 1871.

Les images sélectionnées pour les Archives numériques couvrent uniquement la période 1787-1799, des années précédant immédiatement le début de la Révolution jusqu’à l’apparition de Napoléon. Seule l’iconographie directement liée à la Révolution a été sélectionnée. Si les textes des AP intéressent principalement les étudiants avancés et les chercheurs travaillant sur la période de la Révolution, ces images élargissent la portée des ANRF au grand public. Les auteurs de la première version des Images de la Révolution française avaient anticipé l’utilisation que les chercheurs en feraient à des fins d’étude et d’enseignement, mais aussi l’intérêt pour le grand public qui y verrait un moyen essentiel d’en savoir plus sur cette période fondatrice pour la nation française.

En quoi les Archives numériques de la Révolution française contribuent-elles à la recherche à travers les Archives parlementaires et les Images ? Ce projet offre aux chercheurs de nouvelles façons d’utiliser d’anciens documents dans le cadre de leurs travaux en leur permettant d’explorer plus efficacement, grâce à une recherche par mots ou par index, des années de sources-clé textuelles et visuelles, reflet de l’événement tortueux et complexe qu’a été la Révolution française.

Dans les AP, les noms d’orateurs, les dates, ainsi que les termes figurant dans les index publiés des AP, ont tous été marqués dans le texte, renforçant ainsi considérablement les capacités d’exploration de ce corpus. L’affichage des résultats de recherche a également été travaillé pour permettre aux chercheurs de contextualiser plus facilement des termes donnés et d’analyser plus efficacement le corpus imposant de textes.

Dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, les images que l’on peut voir dans les ANRF sont conservées par provenance ou par sujet. Les collections Hennin et De Vinck, qui constituent une part importante du corpus, étaient décrites dans des catalogues imprimés séparés. Le vidéodisque des Images de la Révolution française avait représenté une première étape dans la constitution d’un corpus iconographique autour de la Révolution. En raison de l’obsolescence de cette première technologie, la description des documents ainsi que certaines images ne demeurait accessible que par le Catalogue général de la BnF, qui permettait néanmoins d’exploiter, dans leur grande richesse, les métadonnées, créées par le projet de 1989, largement indexées à l’aide d’une terminologie contrôlée pour les artistes, les genres iconographiques, les lieux de publication et les termes du sujet. Au-delà de ces possibilités de recherche, qui sont bien entendu reprises par les ANRF, le grand mérite des Archives numériques est de rendre de nouveau visible la cohérence de l’ensemble.

Plus important encore, les chercheurs pourront exploiter les deux collections des Images et des Archives parlementaires séparément mais également y effectuer des recherches unifiées. En réunissant les représentations visuelles et textuelles de la Révolution française en une unique collection historique associée à des méthodes de recherche, d’analyse et d’affichage performantes, les chercheurs et étudiants auront la capacité de faire évoluer notre connaissance et compréhension de cette époque cruciale de l’histoire du monde.

Équipe de projet: Stanford

Michael A. Keller
University Librarian
Dan Edelstein
Faculty Advisor
John Haeger
Project Director
Catherine Aster
Project Manager
Tony Calavano
Digitization Lab Manager
Doris Cheung
Production Coordinator
Naomi Dushay
Discovery Engineer
Gary Geisler
Web Application Developer
Jessie Keck
Web Application Developer
Peter Mangiafico
Web Application Developer
Matt Pearson
Image Quality Assurance Specialist
Jon Lavigne
Accessioning Engineer
Sarah Sussman
Curator, French and Italian Collections
Jennifer Vine
User Experience Designer
Glen Worthey
Digital Humanities Librarian

Special thanks are due to the following:

  • Stanford University PhD candidates in History: Katherine McDonough, Heather Otto.
  • Stanford University Libraries, Digital Libraries Systems and Services staff: Ben Albritton, Tom Cramer, Christopher Jesudurai, Charles Kerns, Linda Lam, Lynn McRae, Tony Navarrete, Matt Pearson, Stuart Snydman, Wayne Vanderkuil.
  • Stanford Libraries staff Andrew Herkovic, Casey Mullin, Robert Schwarzwalder, Vitus Tang.

Équipe de projet: Bibliothèque nationale de France

Président
Bruno Racine
Directrice générale
Jacqueline Sanson
Directeur des Collections
Denis Bruckmann
Directeur des Services et réseaux
Arnaud Beaufort
Directrice du département des Estampes et de la photographie
Sylvie Aubenas
Marie Thompson
conservateur, chargée du projet au département des Estampes et de la photographie
Corinne Le Bitouzé
conservateur, chargée des collections XVIIIe siècle au département des Estampes et de la photographie

La création du portail "French Revolution Digital Archive" n’aurait pas été possible sans le travail de l’équipe qui, de 1987 à 1989, a conçu et réalisé le vidéodisque "Images de la Révolution française."

Que soient également remerciés les services de la BnF qui ont apporté leur concours précieux, en particulier le département des Systèmes d’information (Mireille Pouget, responsable de la cellule Données bibliothéconomiques et François Talbot, du service Supports et production), le département de la Reproduction et le département de la Conservation (Dominique Maillet, expert en numérisation).

Remerciements

Les ANRF ont été conçues en 2006 par le professeur Dan Edelstein de Stanford University, avec la participation d’autres chercheurs et documentalistes, et ont été lancées au printemps 2013. Le projet est soutenu par les fonds et la collaboration de la fondation Gladys Krieble Delmas, du projet ARTFL, des Stanford University Libraries, du département des langues, des cultures et de littérature et du département d’histoire de Stanford University, et de la Bibliothèque nationale de France.

Conditions d'utilisation

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